Coupable de vivre ?
- Isabelle Sojfer

- 30 nov. 2025
- 2 min de lecture

Certains endeuillés expriment une culpabilité injustifiée. Une femme, qui a accompagné sa mère jusqu'à la fin, déclare se sentir coupable. Coupable de quoi ? Elle a fait le maximum, mais elle se sent coupable de vivre, de survivre à sa mère. Il est pourtant dans l'ordre des choses de survivre à ses parents.
D'autres personnes se sentent coupables de survivre à un conjoint, et plus encore à un enfant. Il n'est pas du tout dans l'ordre des choses de perdre un enfant. Pour le conjoint, il n'y a pas d'ordre des choses, sauf si la différence d'âge est très grande. Dans tous les cas, c'est la loterie : soit vous perdez votre être cher un jour, soit c'est lui qui vous perd, mais alors, c'est vous qui mourez.
Si vous souffrez d'un deuil au point de vous dire « j'aurais préféré mourir à sa place », dites-vous qu'il ou elle aurait peut-être eu autant de chagrin que vous. Vous n'auriez jamais voulu ça, n'est-ce pas ? Réjouissez-vous donc de lui avoir épargné cette peine. À vous le chagrin, à lui ou elle une dimension qu'on imagine merveilleuse. Pour vous, ce n'est pas encore le moment d'y aller. Ce n'est pas vous qui décidez. La vie ne vous demande pas votre avis. Elle vous a infligé cette perte parce qu'elle vous croit de taille à la supporter. À vous maintenant de vous en débrouiller. Elle est comme ça, la vie : elle impose, elle s'impose, et pas question de taper du poing sur la table. Vous pouvez vous rouler par terre en hurlant et en maudissant la vie, vous ne ferez qu'accroître votre douleur. Avec la vie, c'est comme avec Dieu : le chantage ne prend pas. Il n'y a rien d'autre à faire que s'incliner.
Non seulement vous ne devriez jamais vous sentir coupable d'être en vie, mais vous devriez être fier ou fière d'être un(e) survivant(e). Même si vous avez l'impression de ne pas faire grand-chose à part pleurer et ressasser toujours les mêmes choses. La vie a décidé que c'était à vous de survivre à votre personne défunte ; à vous de chercher les moyens pour que cette perte soit un peu moins douloureuse ; à vous de rafistoler votre existence comme vous pourrez. C'est votre mission.
Souvent, les personnes en deuil qui se culpabilisent d'être en vie repoussent avec horreur toute possibilité de soulagement, d'aménagement, d'apaisement. Elles veulent souffrir. Elles s'infligent un deuil masochiste, une douleur décuplée, comme si ce n'était pas assez dur comme ça. Elles pensent ainsi faire la preuve d'un amour exceptionnel envers la personne défunte. L'idée sous-jacente de leur discours est qu'un deuil moins tapageur indiquerait un amour moindre. C'est une illusion bien sûr.
La vérité, c'est que vous avez le droit de vivre, quelle que soit l'intensité de votre chagrin. C'est même un devoir, puisque c'est la vie qui décide. Commencez donc par mettre un pied devant l'autre. Félicitez-vous pour tout ce que vous faites, même l'action la plus minime. Dites-vous bravo à longueur de journée. Vous êtes maintenant sur la bonne voie.
Cliquez sur le cœur et commentez si ça vous parle.
Retrouvez d'autres stratégies d'accommodement au deuil dans DEPUIS QUE TU ES AU CIEL (le livre)



Chère Isabelle, je souscris à 100% à ton analyse, étant passé parallèlement à toi par les affres d'une douloureuse séparation. Surtout, ne pas culpabiliser : cela n'aurait aucun sens. Nous avons fait notre Devoir, c'est cela l'essenciel. Gardons ce cap tous les jours du reste de notre vie. Je t'embrasse.