Les affaires du défunt, le bricolage de la vie
- Isabelle Sojfer

- 14 janv.
- 3 min de lecture

Que faire des affaires du défunt ? Nos proches en s'en allant nous laissent des kilos de choses, souvent une maison entière. Mais leurs affaires les plus personnelles ? Un monsieur raconte qu'en déblayant les vêtements de sa femme, il a eu l'impression de la faire mourir une seconde fois. Il ne l'a pas fait mourir bien sûr : ni la première, ni la deuxième fois. Cette impression de la faire mourir, c'est l'expression d'un sentiment de culpabilité qui s'empare de bien des endeuillés. Une part d'eux-mêmes croit y être pour quelque chose. Ils s'en veulent presque d'être vivants quand la personne qu'ils aimaient est morte.
Le chagrin de la séparation ne devrait jamais vous faire culpabiliser ou regretter d'être en vie, même si l'épreuve est terriblement douloureuse. Pourquoi ? Parce que c'est la vie. Prenez les animaux. Les chiens, les chats, les oiseaux, les cétacés, les koalas, un tas d'animaux manifestent des attitudes de deuil. Les éléphants ont des cimetières, les corbeaux organisent des cérémonies. Les animaux éprouvent du chagrin, mais jamais au point d'en mourir. Après la mort de mon grand-père, sa chienne a refusé de s'alimenter pendant presque trois semaines. Maman la caressait, lui offrait tout ce sur quoi les chiens se ruent en temps normal. Petit à petit, la troisième semaine, la chienne s'est remise à manger.
Nous appartenons nous aussi au règne animal, au règne du vivant, et le vivant veut vivre.
Et les affaires du défunt alors ? Certains vous conseilleront de vous en débarrasser au plus vite. Faites comme vous le sentez. Vous avez le droit de prendre tout votre temps pour y réfléchir. Est-ce que la présence des affaires de votre être cher vous sécurise, ou est-ce que leur vue ne fait que vous désespérer ?
On peut avoir envie et besoin de conserver tout ce qui nous rappelle la personne disparue. Au début, on enfouit son visage dans ses pulls pour retrouver son odeur. Je me blottissais dans les vestes molletonnées à capuche de mon compagnon. Je les ai usées jusqu'à la trame, mais je n'ai pas gardé le reste de ses vêtements. J'ai découpé ses chemises et ses caleçons. Il y avait toutes sortes d'imprimés. J'ai fait un patchwork avec les tissus qui contenaient du rouge tibétain, sa couleur préférée. Je ne vous le montre pas en photo parce que je ne l'ai pas sous la main, le travail n'est pas parfait, je ne suis pas une couturière chevronnée, mais ça m'a pris des jours et fait beaucoup de bien.
Il n'y a pas si longtemps, j'ai pleuré sur un chiffon qui avait été une chemise de nuit de Maman. J'aurais peut-être dû faire un patchwork pour elle aussi.
Si vous avez le moindre goût pour la couture ou le bricolage, tout ce que vous pourrez fabriquer de vos mains et qui vous rappelle la personne va vous faire du bien. Le travail manuel apaise, et en même temps, vous êtes avec votre défunt(e). Retailler un vêtement qui lui appartenait, le transformer en coussin ou en sac, retapisser un fauteuil ou repeindre une commode, il y a plein de choses à faire pour transformer ce que nous laisse la personne défunte en quelque chose d'autre, qui sera moins douloureux.
Le deuil est une sorte de bricolage. Il s'agit de bricoler sa vie pour qu'elle tienne quand même. Mais ce n'est pas comme un meuble à monter ou un modèle à tricoter : il n'y a pas de notice, pas de schéma, votre deuil est unique. C'est à vous de chercher, d'imaginer, d'essayer, de tâtonner, de vous planter, de recommencer, de faire comme vous pourrez. Dit comme ça, ça peut sembler décourageant, mais vos capacités créatrices sont bien plus grandes que vous ne croyez.
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D'autres pistes pour bricoler votre deuil dans DEPUIS QUE TU ES AU CIEL (le livre)



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